Coup de griffe contre la femme-léopard

Une fois n’est pas coutume, permettez-moi de vociférer haut et fort. Parce que bon, j’ai beau aimer la BD, mais ça ne m’empêche pas de remarquer qu’on essaie un peu trop souvent de nous prendre pour des connards sauvages. 

la_femme_leopardPrenons La femme-léopard, « le » Spirou de Yann et Schwartz. Ce n’est pas du tout « leur » Spirou puisque c’est leur deuxième. Yann et Schwartz ont en effet déjà publié Le groom vert-de-gris: un excellent album, qui mêle admirablement humour, approche adulte, un certain retour aux sources avec une histoire qui se déroule durant la seconde guerre mondiale, et une vibrante déclaration d’amour à Bruxelles. C’est même le troisième Spirou pour Yann, qui a déjà réalisé Le tombeau des Champignac avec Tarrin.

Un héros qui doit faire le grand écart

Je me rappelle très bien quand Dupuis a commencé à s’intéresser à cette idée de lancer une série parallèle dans laquelle Spirou vivrait des aventures en one-shot grâce à des auteurs différents. On était un peu après Machine qui rêve, un ovni en forme de baroud d’honneur de Tome et Janry.

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Dupuis était un peu embêté. D’un côté, l’album était clairement très éloigné de ce que l’éditeur voulait pour Spirou: une série destinée aux très jeunes lecteurs. Seulement, cette orientation ne convenait pas non plus aux fans de longue date du groom, qui ont tous bien grandi et qui ont pour une bonne part ont apprécié l’approche nouvelle, plus adulte, proposée par Tome et Janry. A commencer par un style graphique entièrement revu.

Couv_141950La collection parallèle apparaissait comme le compromis idéal: Spirou pourrait continuer à vivre des aventures gentillettes destinées aux tout petits, mais aussi être confié à d’autres auteurs qui livreraient leur vision très personnelle. Panique en Atlantique de Trondheim et Parme en est un excellent exemple: on y retrouve parfaitement le rythme déjanté et l’humour inclassable des auteurs de Venezia.

Le choix des one-shots permet d’éviter une véritable série parallèle: avec plusieurs albums à disposition, les auteurs auraient le temps et la place d’installer leur patte et de faire de l’ombre à la série principale. C’est pour ça que la collection se nomme désormais « Le Spirou de… » LE, pas les.

Trahir pour mieux vendre

Qu’on s’entende bien: La femme-léopard m’a beaucoup plu. C’est drôle mais tout de même adulte, il y a du suspense et de la grande aventure, bref c’est un excellent album. Je ne regrette pas de l’avoir acheté, je ne regrette pas non plus que Dupuis l’ait publié. J’aurais juste voulu que l’éditeur cherche une autre approche. Je le répète, confier une deuxième fois Spirou au duo Yann et Schwartz ne correspond pas au concept de la collection. Quelle que soit la qualité des albums qu’ils sont capables de produire.

Trahir sa vision, c’est soit admettre qu’on s’est trompé, soit prendre les lecteurs pour des cons. Dans le cas présent, je ne vois que des raisons commerciales pour justifier ces décisions. Donc je trouve qu’on nous prend pour des cons et ça m’énerve un peu quand même. Surtout que vous ne savez pas le pire? La femme-léopard est un récit en deux tomes. On dérive vraiment vers une série parallèle pas du tout prévue au départ!

(Il y a longtemps, sur un blog lointain, très lointain… je m’énervais déjà.)

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